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Réunions à distance, contacts avec les salariés, activités sociales : comment les élus de CSE s'adaptent au confinement

© aerogondo / Adobe Stock
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L'exercice du mandat des représentants du personnel est profondément affecté par la crise sanitaire et le confinement généralisé. Les élus de CSE doivent multiplier appels, mails, visioconférence, quand ils n'assurent pas sur le lieu de travail le contrôle des mesures de prévention.
Comment les secrétaires et élus de CSE, rouage essentiel de la représentation du personnel, s'adaptent au confinement et à la crise sanitaire pour remplir leurs missions ? Nous leur avons posé la question dans différentes entreprises et secteurs d'activité. Jean-François Fabre, élu CGT du CSE de Pôle Emploi d'Ile-de-France, n'hésite pas longtemps à répondre à l'autre bout du fil : "Je suis en arrêt depuis le 17 mars car je l'ai attrapé, le virus". Il indique n'avoir pas de graves symptômes, mais l'impression d'être "lessivé". Heureusement, tous les élus ne sont pas malades, le dialogue entre direction et représentants du personnel continue donc souvent "cahin-caha".
Le recours aux outils numériques de communication s'est largement répandu, quelquefois au bénéfice d'un meilleur fonctionnement du CSE dans ses relations avec les directions. Dans ces conditions très particulières, les élus font preuve de grandes capacités d'adaptation pour maintenir le lien avec les salariés et parfois même, quand ils sont aussi délégués syndicaux, conclure des accords à distance (*). Voici leurs témoignages.
Le contact avec les salariés, contre vents et marées
Chez Punch Powerglide, équipementier automobile à Strasbourg (Alsace) dont l'usine est fermée temporairement, les salariés restent inquiets de la situation, par exemple sur le fonctionnement du chômage partiel et ses conséquences.  Le lien avec le personnel est toujours maintenu pour Laurent Julien, secrétaire (CFDT) du CSE, qui fait suivre par mail aux adhérents les communications de son union départementale.
 
Les salariés m'appellent pour me poser des questions juridiques. On s'adapte au mieux

 

 

Sinon, le secrétaire répond beaucoup au téléphone. "Les salariés m'appellent pour me poser des questions juridiques, pas seulement pour eux, mais aussi pour leur famille, puisque chaque entreprise est dans une situation différente. On s'adapte pour répondre au mieux à la situation". Soucieux de garder le contact avec ses adhérents, Jean-Paul Vouiller, secrétaire CFTC du CSE de Hewlet Packard, organise une conférence téléphonique hebdomadaire. Celle de la semaine dernière a réuni 118 personnes, soit la moitié des adhérents et environ 10 % du personnel de l'entreprise. Un guide pratique spécial confinement a été mis en ligne sur le site du syndicat CFTC. Il contient de multiples ressources et conseils pour prendre soin de soi et de ses proches, réinventer sa routine, se préserver, et s'adapter au télétravail. Les adhérents sont de plus libres d'enrichir le document.

Le suivi des salariés est rendu bien plus difficile

 

 

Chez IdLogistics à Saint-Priest (Rhône), spécialisée dans l'organisation de transports, les dirigeants avaient pris les devants et prévu le télétravail des 70 salariés avant le confinement. Depuis, quasiment tous les salariés, sauf trois placés en chômage partiel du fait de l'arrêt d'un client, travaillent chez eux. Les élus se sont adaptés, raconte Denis Pauget, secrétaire du CSE : "Le suivi des salariés est rendu bien sûr plus difficile par le télétravail. Certains nous appellent ou nous écrivent un mail pour soumettre une question, une problématique, mais cela reste moins fréquent que les conversations échangées sur le lieu du travail". Quant aux réunions de CSE, les élus se tournent massivement vers des applications numériques.

Les outils de visioconférence sauvent les réunions de CSE

Chez l'équipementier alsacien Punch Powerglide, le dernier CSE qui s'est réuni a donc acté la fermeture temporaire de l'usine lors d'une réunion extraordinaire (lire notre article). Il a eu lieu dans une grande salle afin que chacun puisse garder ses distances. "Depuis, c'est le black-out, nous n'avons plus aucune communication avec la direction", nous indique Laurent Julien, secrétaire (CFDT) du CSE. L'activité du CSE est donc extrêmement réduite.

Mais de nombreux élus de CSE que nous avons pu contacter parviennent à maintenir les réunions de CSE grâce aux outils numériques de visioconférence, comme Zoom, Skype ou Teams. Lundi dernier, Jean-Manuel Bertrand, délégué syndical du SNJ (syndicat national des journalistes) et membre du CSE de France 3, représentait son syndicat au sein de la commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) de France 3.
 
Discuter à distance, ça peut être très fatiguant, même avec des pauses

 

 

La réunion extraordinaire a duré de 14h à 19h30, avec 18 personnes en visioconférence : "Cela s'est assez bien passé, la prise de parole était bien organisée. Mais même avec une pause toutes les deux heures, discuter à distance, c'est fatiguant. Nous abordons toutes les remontées du terrain, tous les problèmes". Surtout que la séance officielle a été précédée le matin par une réunion préparatoire entre élus, "organisée via l'application Zoom meeting, pour laquelle le CSE s'est abonné car c'est bien plus pratique que l'outil maison". A cela s'ajoutent aussi les réunions du CSE. La dernière a duré de 14h à 19h40, à distance bien sûr, avec 37 participants. "Fatiguant, très fatiguant", commente là encore Jean-Manuel Bertrand. D'autant que les sujets à l'ordre du jour ne sont pas du genre légers : le suivi des mesures de protection, l'organisation du travail éditorial, le plan de continuité de l'activité, l'inquiétude des salariés qui vire à l'angoisse, etc. Jean-Paul Vouiller, secrétaire CFTC du CSE de Hewlet Packard, constate pour sa part que les réunions par Skype se passent très bien. L'ordre du jour a été allégé par rapport aux réunions présentielles.

 

 C'est fluide, on va même plus vite que d'habitude

 

 

La prise de parole est gérée grâce au fil de discussion qui permet à chacun de se signaler par écrit en direct, mais aussi de simplement dire "Question" pour pouvoir s'exprimer. "C'est fluide, on va même plus vite que d'habitude", se réjouit l'élu. Le secrétaire du CSE, qui est aussi délégué syndical de Hewlet Packard, a même réussi la prouesse de signer un accord à distance. Le plan de départ volontaires et d'embauches était prévu avant le confinement et les représentants du personnel voulaient à tout prix le sécuriser. Les délégués sont parvenus à le signer à distance grâce à un dispositif de signature électronique recommandé par la Direccte, Adobe Acrobat XI Pro. Jean-Paul Vouiller nous explique également comment son CSE avait géré la questions des activités sociales et culturelles.

Annulations et reports : les activités sociales et culturelles perturbées

Chez Hewlet Packard, plusieurs voyages étaient prévus en Italie, à Madère ou encore à Strasbourg. Seul le plus tardif, prévu en Croatie en septembre 2020 a été maintenu, les autres ont tous été reportés d'un an de date à date, "afin de ne pas pénaliser nos fournisseurs, que nous avons de toute façon payés jusqu'à fin mars", raconte Jean-Paul Vouiller. La priorité du CSE a été de rembourser les salariés. Garder un minimum d'activités culturelles a toutefois été possible car les élus ont mis en place des cours de yoga en ligne qui plaisent beaucoup aux salariés.

 
Avec cette crise, tout est remis en cause

 

 

Le maintien des activités a été beaucoup plus complexe chez Carrefour, nous explique Nadine Tillaut, élue CFDT du CSE et membre du conseil national CFDT de l'enseigne de supermarchés : "Nous avons annulé la journée de karting initialement prévue, mais heureusement, nous n'avions pas fixé de date. De toute façon, avec cette crise, tout est remis en cause". Les élus de la grande distribution, dont les salariés sont particulièrement mis à l'épreuve par l'épidémie et la quasi-obligation de continuer à travailler, continuent quant à eux d'organiser des CSE dans les locaux.

 
(*) Sur ce thème, voir notre article dans cette même édition. Ajoutons qu'un tout autre problème se pose pour d'autres élus qui avaient lancé une expertise dans le cadre d'une consultation qui a été, du fait du confinement, interrompue : quid des délais légaux de réalisation de l'expertise et de rendu de l'avis ? L'ordonnance que prépare le gouvernement sur le CSE traitera-t-elle de ce point ? A suivre...
 
 
Grande distribution : les élus mettent la priorité
sur la protection des salariés

Dans certaines activités, comme l'agroalimentaire ou la distribution, élus et salariés ne sont pas confinés, bien au contraire. Au sein du Carrefour Le Merlan, à Marseille, les 380 salariés sont bien présents. Ici, la priorité du CSE est de veiller à la santé et la sécurité des salariés mais aussi des clients qui fréquentent l'hypermarché. Yohann Nezri, élu CGT du CSE, explique que les réunions de l'instance se tiennent, mais "en mode dégradé avec une personne par organisation syndicale", soit 5 membres. Dès le début de l'épidémie, le CSE et les OS ont revendiqué des mesures de protection, et exercé un droit de retrait il y a deux semaines pour les obtenir. "Nous avons obtenu une barrière de plexiglas pour protéger les caissiers et caissières, le respect des distances de sécurité, la maîtrise des flux entrants pour qu'il n'y ait pas plus de 100 personnes présentes en même temps dans le magasin, davantage de personnel de sécurité pour faire respecter les consignes. Nous avons aussi obtenu une pause supplémentaire pour que les caissiers et caissières puissent se reposer et se laver les mains", expose Yohann Nezri, qui reste toutefois insatisfait : il souhaiterait davantage de matériel de protection. 

Nadine Tillaut, élue du CSE d'un autre magasin Carrefour, nous indique que les salariés peuvent aller se laver les mains autant de fois qu'ils le veulent. Les salariés disposent également de gants et de gel hydro-alcoolique, ainsi que 2 masques par jour et par personne. Le matériel est désinfecté au quotidien. "Cela a été long à mettre en place au début, mais maintenant cela se passe mieux et les règles sont bien appliquées. Mais l'ambiance reste très tendue, c'est très dur psychologiquement. En plus, la direction veut ouvrir le lundi de Pâques". De nouveaux conflits attendent les élus...

 

 
 
Marie-Aude Grimont et Bernard Domergue
Ecrit par
Marie-Aude Grimont et Bernard Domergue