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Coronavirus : les syndicats exigent de meilleures protections des salariés

Sébastien Bozon / AFP
Sébastien Bozon / AFP
La crise liée à la propagation en France du coronavirus prend de l'ampleur depuis ce week-end. Les mesures officielles s'accélèrent tandis que les syndicats font connaître leurs demandes de protection des salariés et fermetures d'usines.
Confinement généralisé (ou pas), ouverture du travail du dimanche pour les entreprises du secteur alimentaire, mesures financières sur les taux d'intérêt ou encore ouverture du chômage partiel pour les travailleurs des services à la personne, etc. : les mesures officielles s'accélèrent. De leur côté, de nombreux syndicats demandent des mesures de protection supplémentaires des salariés.
Des cellules de crise pour le Syndicat national de la banque et du crédit (SNB)
Dans un communiqué du dimanche 15 mars, Frédéric Guyonnet, président national du SNB (CFE-CGC), demande aux directions des banques d'organiser "au plus vite des cellules de crise qui devront intégrer les représentants du personnel et de la commission santé du CSE". Ces cellules auraient pour mission "d'organiser le fonctionnement et les conditions de travail des salariés des banques pendant la période difficile qui s'ouvre". Mais ce n'est pas tout. Le syndicat bancaire exige également :
  • l'équipement des salariés accueillant la clientèle en masques FFP2, en gants jetables et en gel hydroalcoolique,
  • l'organisation à distance des rendez-vous commerciaux ne nécessitant pas de contact physique ,
  • la désinfection régulière des locaux et machines de libre-service bancaire.
Le secteur bancaire n'est cependant pas le seul à réagir. De nombreux syndicats ont demandé la fermeture des usines de production automobiles.
Dans l'automobile, "à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles"
Tel est l'entête du communiqué de presse de la CGT de PSA qui a demandé la suspension provisoire de l'activité du groupe en s'inspirant des mesures de fermetures d'usines prises par Fiat et Ferrari en Italie ou Seat en Espagne. "Comment concevoir que l'on puisse participer au freinage de la propagation du virus si les salariés des sites PSA continuent à s'entasser dans les transports en commun pour se rendre au travail, à se changer dans les vestiaires, à manger et à travailler les uns sur les autres ?", poursuit le communiqué qui précise que la production automobile et ses activités tertiaires ne sont pas compatibles avec le télétravail ni indispensables en pleine crise sanitaire. Ces demandes ont été entendues car la direction de l'entreprise a annoncé la fermeture des 15 sites industriels (et 4 sites tertiaires) dès lundi à 12h15.

Christiane Virassamy, déléguée syndicale CFDT chez PSA nous a confié que les salariés sont inquiets: "Deux angoissent prédominent : tout d'abord celle de la contamination, et ensuite celle de la prise en charge des rémunérations dans le cadre du chômage partiel". Chez FO PSA, un communiqué exhorte l'entreprise à éviter les conséquences financières pour les salariés : "Pour tous les collaborateurs dont l'activité industrielle est incompatible avec une autre organisation du travail, comme le télétravail, il faut éviter qu'ils subissent un impact social et économique qui viendrait s'ajouter à la situation de crise sanitaire que nous devons tous affronter collectivement."

Du côté des équipementiers, Michelin a annoncé dans un premier temps la fermeture de son usine de production de Cholet, avant d'élargir sa décision à toutes ses usines françaises, italiennes et espagnoles. Chez Valeo, la direction s'est pour l'instant contentée de mettre à l'isolement les salariés infectés par le virus sans fermer l'usine d'Amiens. Des mesures sont à l'étude dans tout le domaine de la métallurgie.

"Branle-bas de combat général" dans la métallurgie

Gabriel Artero, président de la fédération métallurgie de la CFE-CGC, nous a confirmé lundi que des mesures de fermeture de sites sont à l'étude chez Renault, Yamaha (MBK) et Thalès. "En ce qui concerne des activités particulières comme la sidérurgie, les hauts fourneaux ou le nucléaire, il se pose la question de leur mise en veille. On n'arrête pas comme ça des moyens thermiques. Dans la métallurgie, c'est un peu le branle-bas de combat général. Nous avons envoyé des courriers ce matin à la direction d'Airbus pour savoir quelles mesures sont mises en place", rapporte Gabriel Artero.

Selon le syndicaliste, l'arrêt des chaînes de production va inévitablement créer un effet domino chez les fournisseurs et sous-traitants. Chez Eurocopter, il n'y a pas eu pour l'instant de décision, mais certains salariés sont déjà en télétravail depuis lundi matin. Pour Gabriel Artero, "les freinages dans ces activités ne se font pas du jour au lendemain, ils sont forcément complexes, et ce sera aussi le cas après la crise, lors du redémarrage des productions. Mais pour l'instant, la priorité est la protection des personnes". Si certains syndicats publient des communiqués intersyndicaux et font bloc en faveur de la santé des salariés dans cette crise comme l'intersyndicale de PSA Sochaux, dans d'autres secteurs certaines tensions restent palpables.

Tensions syndicales chez Orange

La crise sanitaire crée en effet, ou ranime, des batailles intersyndicales. Chez Orange, la CFE-CGC a alerté la direction dès le 11 mars au sujet des mesures sanitaires qu'elle juge "insuffisantes" dans les cantines du groupe. Dans son courrier à la direction des ressources humaines, le syndicat regrette l'absence de mesures de sécurité sanitaires dans les cantines de l'entreprise : gel hydroalcoolique introuvable à l'entrée, pas de contrôle de la distance minimale entre les salariés, pas de mesures dans la manipulation du cash au niveau des caisses, absence de plages horaires décalées, etc. Dans un communiqué de presse, la CFDT de l'entreprise de communication regrette "la carence de la CFE-CGC dans ses prises de responsabilité" et demande la tenue d'un CSE central afin de traiter notamment de la gestion de la crise du coronavirus.

Des CSE extraordinaires s'organisent

Depuis quelques jours, dans plusieurs entreprises, les élus du personnel ont appelé à la tenue de réunions extraordinaires du CSE, comme Air France, Disneyland Paris, Toyota ou PSA. Ces réunions sont demandées par la majorité des membres du CSE, sans formalisme particulier à respecter. L'employeur ne peut refuser de l'organiser sous peine de commettre un délit d'entrave.

Marie-Aude Grimont
Ecrit par
Marie-Aude Grimont

Commentaires (1)

Secrétaire CSE | 17/03/2020 - 07:51

Le gouvernement "recommmande" mais laisse toute la main aux employeurs...

Il est intéressant de noter un fort écart entre le décret qui restreint les déplacements et le formulaire à remplir pour pouvoir se déplacer, s'agissant des déplacements professionnels!
Formulaire: "déplacements entre le domicile et le lieu d’exercice de l’activité professionnelle,
lorsqu’ils sont indispensables à l’exercice d’activités ne pouvant être organisées
sous forme de télétravail (sur justificatif permanent) ou déplacements
professionnels ne pouvant être différés";
Décrert: "Trajets entre le domicile et le ou les lieux d'exercice de l'activité professionnelle et déplacements professionnels insusceptibles d'être différés."
Le décret n'impose aucune condition pour autoriser un trajet domicile travail.
Au total, en dehors de l'interdiction d'accueil du public dans un ensemble de lieux, et de recommandations sur le télétravail, le gouvernement n'impose aucune limite et contrainte juridique aux employeurs qui décident de maintenir leur activité et d'obliger les salariés à se rendre sur leur lieu de travail... ce qui laisse les salariés assez démunis dès que l'employeur met du gel et des gants à disposition... y compris face aux difficultés et risques du transport pour ceux qui ne peuvent pas venir en voiture.
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